Tant comme lectrice que comme auteure / ayant droit, je trouve inquiétante la tendance d'une partie du monde éditorial à vouloir répéter les erreurs protectionnistes commises par les industries du disque et du film au cours de la décennie précédente: protections technologiques des contenus, formats propriétaires non compatibles, licences d'utilisation plus restrictives que les lois sur le droit d'auteur.
Aucune de ces protections n'a marché ni pour les disques ni pour les vidéos, et elles ne marchent pas pour les livres non plus: leur seul résultat est d'irriter les utilisateurs, et d'en pousser certains à la copie sauvage. Heureusement, certains éditeurs l'ont compris. J'utiliserai ici l'exemple de la nouvelle "Scroogled - the Day Google Became Evil" de Cory Doctorow.
Cette idée n'est pas originale: elle se base sur l'expérience et le sens commun et elle a déjà été exprimée par plusieurs auteurs - Cory Doctorow, Yochai Benkler, Lawrence Lessig et bien d'autres - et adoptée par des éditeurs qui ont su l'utiliser pour développer de nouveaux modèles commerciaux: Yale University Press, tous les éditeurs ayant adhéré aux principes de l'accès libre (Open Access) tel qu'il a été défini dans la déclaration de Berlin.
En négatif, elle s'inspire du fait que dès que je rencontre une protection informatique dans un livre électronique, j'éprouve le besoin de la contourner - quitte, dans la plupart des cas, à ensuite éliminer le fichier résultant - et je ne suis probablement pas la seule dans ce cas.
Une blogueuse qui prépare un post sur la protection de la sphère privée veut citer la nouvelle "Scroogled - the Day Google Became Evil" de Cory Doctorow, originalement publiée par Radar Online en 2007. Radar a fait faillite entretemps, mais grâce à la licence Creative Commons pas de réutilisation commerciale - partage à l'identique sous laquelle "Scroogled" a été originalement publiée, de nombreuses autres copies sont disponibles en ligne.
Et Doctorow lui-même en a republié une version revue dans With a Little Help (2010) sous la même licence libre, avec en outre une version audio, remarquablement lue par Will Wheaton et téléchargeable depuis la page Download audiobook. Tant le texte que la version audio sont disponibles en plusieurs formats, certains produits par Doctorow, d'autres par ses lecteurs.
La blogueuse télécharge le texte de With a Little Help et la lecture de "Scroogled" par Wil Wheaton. Elle copie le passage qui lui sert dans son brouillon de post, et se dit que ce serait facile de
Elle charge donc le PDF de With a Little Help en http://www.archive.org/details/WithALittleHelp et une vidéo (fichier audio + image fixe) de la lecture de "Scroogled" par Will Wheaton en http://blip.tv/file/4706182.
En attendant que les logiciels de l'Internet Archive et de blip.tv digèrent les fichiers, elle lit un livre.
Quand les logiciels ont fini de digérer, elle envoie le lien du fichier DAISY de With a Little Help à Cory Doctorow, qui l'ajoute dans son site. Et elle commence à sous-titrer la vidéo de la lecture de "Scroogled" en http://www.universalsubtitles.org/en/videos/FKXCpwJMLTVM/ en utilsant la version textuelle pour les sous-titres. Puis elle télécharge le fichier des sous-titres et l'ajoute à la vidéo blip.tv pour la sous-titrer elle aussi.
Maintenant, d'autres pourront faire des sous-titres dans d'autres langues s'ils le souhaitent, elle et eux pourront insérer la vidéo sous-titrée dans d'autres textes.
La blogueuse se dit que bien sûr, certains auteurs peuvent avoir d'excellentes raisons pour ne pas concéder automatiquement des permissions aussi étendues aux utilisateurs, mais qu'au moins, ils devraient insister pour que leurs livres électroniques soient publiés en formats libres qui permettent aux lecteurs de faire ces mêmes choses pour leur usage personnel, comme le permettent les lois sur le droit d'auteur de nombreux pays.
C'est ce qu'elle écrit à un éditeur qui lui a proposé le renouvellement d'un contrat pour 20 ans. Elle attend toujours une réponse, et pense à republier le livre elle-même dans l'Internet Archive.
La "blogueuse", ci-dessus, c'est moi: 59 ans, de formation et d'inclination littéraires, indifférente à la technologie en soi et pour soi, mais intéressée à elle quand elle facilite ou au contraire gêne l'accès à la connaissance et à l'information.