« la forme numérique du « livre clos » et ses avatars associés constituent à l’évidence, dans la diversité de leurs modes de diffusion et de commercialisation, une opportunité formidable pour la dissémination des idées de tous les auteurs que nous cherchons à défendre. » François Gèze
Frédéric Kaplan anime le samedi 30 avril 2011 au Salon du Livre de Genève, la table ronde “le monde de l’édition en mutation”. En préparation à cet évènement, il a invité chacun des contributeurs à partager leur vision de ce monde en pleines transformations. Nous publions ici la deuxième partie de son entretien avec François Gèze, PDG des Editions La Découverte dans laquelle il présente la stratégie numérique de sa maison d’édition.(première partie de l'entretien)
Frédéric Kaplan : Pouvez-vous nous décrire votre stratégie numérique au sein des Éditions La Découverte ?
François Gèze : En résumé : pragmatique et vigilante. Il s’agit d’abord de bien comprendre les évolutions en cours, tant au niveau des techniques de fabrication que de l’action commerciale. Sur le premier point, nous vivons une révolution permanente – grâce notamment aux vertus de l’XML ou de l’impression à la demande –, qui implique de modifier progressivement notre organisation traditionnelle, par un effort accru de formation en interne et un partenariat efficace avec nos fournisseurs, compositeurs et imprimeurs. Sur le second, nous disposons heureusement des outils de veille construits par le groupe (Editis) dont La Découverte fait partie. Mais il faut être attentif aussi aux informations des blogs spécialisés, tout comme à celles, plus qualitatives, que peuvent nous donner les libraires : ils sont les meilleures vigies pour décrypter les évolutions des attentes des lecteurs, en particulier des plus jeunes. Cela peut nous aider à repenser notre travail éditorial, tout comme celui de notre communication, qui a déjà pris le tournant des réseaux sociaux et des multiples potentialités du Web.
Au plan pratique, étant investis depuis 1981 dans l’édition d’ouvrages de type encyclopédique (notre « annuaire économique et géopolitique mondial » L’État du monde et ses dérivés), nous avons eu la chance d’être confrontés assez tôt aux défis du numérique, ce qui nous a amenés dès 1994 à produire annuellement un CD-Rom à partir de ces livres, devenu en 2008 le site Web L’Encyclopédie de l’état du monde. Ainsi convertis à l’XML, cela nous a aidés à mieux comprendre les perspectives nouvelles ouvertes par le numérique pour la diffusion des ouvrages et revues de sciences humaines et sociales – le point fort traditionnel de notre catalogue –, un secteur réputé en crise. Ce qui nous a conduits à participer, dès le début des années 2000, aux expériences pionnières de Numilog et de Cyberlibris. Et, surtout, à participer en 2005, avec d’autres éditeurs de SHS (De Boeck, Belin et Erès), à la création du portail de revues de SHS Cairn.info. Cette dernière initiative est un vrai succès (plus de 600 bibliothèques universitaires abonnées dans le monde entier, 270 revues accessibles en 2011, plus de 100 000 articles disponibles), ce qui nous a permis en 2010 d’ouvrir également ce service à la diffusion de livres numériques (les 400 titres de notre collection de poche « Repères » sont ainsi accessibles en BtoB sur Cairn.info depuis janvier 2011).
Parallèlement, La Découverte a évidemment accompagné la montée en puissance, depuis 2009, de la e-Plateforme d’Editis, qui assure la distribution auprès des libraires en ligne de e-books au format PDF et ePub, vendus en BtoC : entre nouveautés et livres du fonds « rétroconvertis », plus de 300 titres de notre catalogue (sur quelque 1 500 titres disponibles) sont ainsi commercialisés en avril 2011. Un investissement qui a été facilité par les aides apportées par le Centre national du livre, lequel, depuis 2007, a joué un rôle décisif pour soutenir l’engagement des éditeurs français dans le monde numérique, non sans polémiques où j’ai parfois été impliqué…
En bref, pour moi, la forme numérique du « livre clos » et ses avatars associés (en particulier les « sites compagnons », dont nous avons déjà publié de nombreuses variantes) constituent à l’évidence, dans la diversité de leurs modes de diffusion et de commercialisation, une opportunité formidable pour la dissémination des idées de tous les auteurs que nous cherchons à défendre. Pour, très modestement, contribuer à changer le monde…
Lire la première partie de l'entretien
Par Frederic Kaplan le 20/04/2011
L'accessibilité au livreBonjour, Les interventions de François Gèze sont toujours précieuses... Bravo ! Je me souviens l'avoir reçu à Lyon, à la librairie Flammarion dans ce projet un peu fou de présenter l'ensemble de la production de La Découverte en mai 2008, pour fêter les 40 ans de mai 68... Les clients ont été au rendez-vous, ce fut un beau succès de vente mais qui aurait pu être supérieur. Je me suis rendu compte que la présentation des livres et la communication autours du projet n'ont pas été suffisantes. Par ailleurs, j'ai également été déçu du peu d'implication des libraires... D'où la question qui se pose aujourd'hui du rôle des libraires dans cette nouvelle évolution : prescription, accès, multitude... ? Comment François Gèze voit-il l'évolution de l'accessibilité au livre, papier et numérique ? Merci ! Vincent 21/04/2011 - 12:06 — Vincent DEMULIERE |